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Quand les 3C deviennent critiques de cinéma...

jeudi 26 janvier 2012, par Rachel Garcia

Voici la critique du film Hotel Rwanda composée par l’ensemble de la classe. Chaque élève a travaillé par groupe puis individuellement sur une des parties de cette critique.
Bonne lecture !

Un témoignage est produit par un témoin, c’est-à-dire celui qui a assisté aux faits et authentifie leur existence. Le mot « témoignage » fait aussi partie du vocabulaire judiciaire : il peut être lié à la dénonciation. Mais la majorité des artistes qui ont produit des exemples de la représentation des limites de la souffrance ou de la méchanceté humaine, peut ne pas avoir été témoins directs des faits, même si leur œuvre a été considérée par tous comme l’expression la plus réussie et la plus aboutie de la dénonciation. Ainsi, l’art devient parfois témoin.
Il permet aussi de parler, de se confier et comme le dit Cassius Niyonsaba dans Dans le nu de la vie « Parler dégage de la douleur ».

Hotel rwanda est un film qui témoigne. C’est un film américain, britannique, sud-africain et italien réalisé par Terry George, sorti en 2004.
Le film retrace l’action de Paul Rusesabagina, un hutu, gérant de l’hôtel quatre étoiles Les Mille Collines à Kigali, qui abrita et sauva 1268 Rwandais tutsis et Hutus modérés dont sa propre famille, menacés par le génocide rwandais de 1994.

Dans un premier temps, Hotel Rwanda rend compte des événements historiques qui ont bouleversé le Rwanda à cette époque, puis insiste sur certaines valeurs ou comportements qui tiennent à cœur au réalisateur en ayant recours à plusieurs procédés cinématographiques visant tous à concerner le spectateur de manière à ce que plus jamais cela ne se reproduise.

I/ CE QUI S’EST PASSE AU RWANDA

Avant tout, rappelons que les Allemands et les Belges ont colonisé le Rwanda et que leur présence a nuit à la bonne entente entre tribus. En effet leur présence sur le territoire rwandais est à l’origine du conflit qui oppose Hutus et Tutsis (bien avant déjà le génocide)
Les Hutus et Tutsis sont des tribus différentes. Dans leur histoire, les Tutsis désignent la noblesse et les Hutus désignent les routiers. En réalité les Hutus, majoritaires, étaient des fermiers d’origine Bantoue et les Tutsis étaient un peuple pastoral qui serait venu au XV siècle depuis des hauts plateaux.

Les colons ont fait des préférences parmi les tribus. Ils ont mis en avant les Tutsis notamment à cause de leur physique qui selon les belges étaient parfait (peau claire, petit nez, grande taille...). Les colons ont donc fait reposer leur organisation économique sur les Tutsis, tandis qu’aux Hutus, ils n’offraient ou accordaient aucun poste important. En conséquence, cette conception des Tutsis est devenue un vrai problème dans les rapports entre tribus.

Dés lors, après l’ « accident » d’avion du président rwandais, le 6 Avril 1994, les Hutus, ligués contre les Tutsis prennent le pouvoir, et lancent le génocide.
La phrase qui le déclenche,venant de la radio, est : « Abattez les grands arbres ! », et le nom de cette radio est ’’les milles collines’’.
Il faut dire qu’au cours des cent jours qu’a duré le génocide, la radio : RTLM : Radio et Télévision Libre des Milles collines encourage les Hutus à combattre, à terroriser, et à tuer les Tutsis sous des prétextes racistes.
La radio fixe aussi des rendez-vous au Hutus afin d’exterminer les Tutsi, elle cite même des noms d’hommes ou de familles à abattre.
Cette radio est utilisée comme propagande manipulant les Hutus, les menant à tuer le plus de Tutsis et amenant les Tutsis à se sentir rabaissés et apeurés.

Le génocide durera cent jours, et aura fait 800 000 morts, la radio jouera le rôle de guide et encouragera jour après jour les Hutus dans leurs tueries.
Enfin,le génocide s’interrompra grâce aux accords d’Arusha en juillet 1994.

II/ DE QUOI TEMOIGNE LE FILM DE TERRY GEORGE

Ce film traite bien évidemment du génocide mais le réalisateur a choisi l’angle de l’histoire vraie, du « Juste » au cœur de l’histoire. Terry George s’est inspiré de la vraie histoire de Paul Rusesabagina, qu’il a reproduite grâce à de nombreux témoignages.

Dans un premier temps, au début du film, l’écran est noir et on entend une voix, passant à la radio qui dit qu’il faut tuer les Tutsis car les Hutus les accusent du meurtre du président. Alors, le film commence.
L’action se déroule dans un hôtel, à Kigali, où il y a des Tutsis et où un certain Paul est le directeur. Celui-ci est marié à une femme qui elle est Tutsi alors que lui est un Hutu.
Un jour, la radio annonce « Abattez les grands arbres » et le génocide est lancé ; les Hutus exterminent les Tutsis.
Pendant le génocide, Paul et sa famille se déplacent dans l’hôtel pour être en sécurité. Paul loge aussi dans l’hôtel des milliers de Tutsis car l’hôtel est sécurisé par les Nation Unies. Ce simple gérant d’hotel fera tout le nécessaire pour les sauver : il payera les soldats Hutus, s’opposera physiquement aux forces armées, et il appellera l’UE pour qu’elle leur vienne en secours.

Dans le film peu de scènes montrent des gens se faire tuer à coup de machette en revanche un grand nombre montre la haine animant les Hutus. « Un génocide est l’extermination physique, intentionnelle, systématique et programmée d’un groupe ou d’une partie d’un groupe en raison de ses origines éthiques, religieuses ou sociales ». Le réalisateur n’a pas choisi de montrer cette violence, mais bien la haine et le dégoût que ressentaient les Hutus, réveillant chez le spectateur l’incompréhension. Un extrait du film montre un employé Hutu de l’hôtel des Milles Colline se révolter contre son chef, Paul, et traiter les Tutsis de cafards, ce que l’on entend aussi à la radio ou chez Roger Rutobaga, l’homme qui vend à manger et à boire à Paul.

Mais ce film met aussi en exergue l’attitude du monde pendant le génocide.
En effet, l’ONU était à l’hôtel pour protéger les Tutsis qui étaient en danger mais les casques bleus n’avaient pas le droit de tirer (Les casque bleus sont une force militaire ayant pour rôle le « maintien ou [le] rétablissement de la paix et de la sécurité internationale ». Les casques bleus appartiennent à l’ONU.). Ils ont essayé une fois de faire sortir les Tutsis et n’ont pas réussi, ils ont été attaqués par les rebelles Hutus.
Dans le film, à plusieurs reprises à l’aide des coups de téléphone passés par Paul au responsable de Sabena joué par Jean Réno, mais aussi à l’aide du personnage interprété par Nick Nolte, le téléspectateur se rend compte que pour les Nations Unies, cela ne sert à rien de défendre des personnes noires.
Même quand un journaliste filme une scène horrible du génocide et l’envoie en France pour qu’elle soit diffusée à la télévision cela n’a aucun effet sur les occidentaux car les européens et américains ne se sentent pas concernés par ce génocide. Au contraire, les responsables occidentaux envoient les bérets rouges et verts pour récupérer les touristes blancs. Le réalisateur choisit donc de montrer que les « noirs » ne présentent aucun intérêt pour les « blancs ».

L’hôtel est certes protégé par des casques bleus mais ils n’ont pas pu rester très longtemps.
La vraie démonstration de solidarité est faite par Paul et certains Tutsis. Les Tutsis se sont réfugiés dans l’hôtel des Mille Collines qui est géré par un Hutu : Paul, qui est marié à une Tutsis. M. Paul responsable de l’hôtel, a fait preuve de solidarité en mettant à l’abri des Tutsis dans son hôtel. Il a pris des risques mais a tout fait pour les sauver. C’est bien ce sur quoi insiste le cinéaste.


III/ COMMENT L’ARTISTE FAIT-IL PASSER CES MESSAGES

Grâce aux études de film que nous avons faites, nous savons maintenant que les choix techniques des réalisateurs ne sont pas anodins.
En effet, un zoom ou un cadrage peuvent révéler une émotion, faire en sorte de communiquer avec le récepteur, avec celui qui regarde.
Par exemple, l’utilisation du zoom est très intéressante dans la scène où Paul cherche sa femme et ses enfants croyant qu’ils ont sauté du toit, il regarde en bas et grâce au zoom on voit une femme qui fait la morte avec ses enfants. Cela nous permet de nous mettre dans la peau du personnage, de cibler son désarroi et de vivre son inquiétude.
Ou encore, on peut trouver un cadrage efficace dans la scène où Paul se rhabille après avoir pris une douche quand soudainement il éclate en sanglot et qu’en même temps quelqu’un tape à la porte. Grâce à ce cadrage ont voit Paul pleurer à gauche de l’image et la porte fermée à droite, symbolisant l’enfermement dans sa solitude d’homme « libre » que ressent Paul en tant que seul Hutu parmi les Tutsis et l’emprisonnement dont ils sont tous victimes.

Les scènes avec arrière-plan sont aussi très importantes dans ce film, car si c’est le destin de quelques personnages qu’on nous donne à voir il n’empêche que ce fléau a touché bien plus de monde ! Cela se note notamment, dans la scène où les habitants (Tutsis) fuient leur pays. Paul est ses amis sont sur un camion, en hauteur, qui baigne au cœur d’une foule de gens qu’on discerne en arrière plan. Cela permet au réalisateur de montrer le grand nombre de population concerné, et à quel ce génocide a pu faire du tort.

Un autre choix qui n’est pas anodin de la part de Terry George est bien celui de la seule scène montrant des Tutus tuant des Tutsis à l’aide de machettes apparaissant dans une télévision. En effet, dans la chambre d’hôtel, le journaliste ayant assisté à ce massacre montre les images à Paul et à l’autre journaliste.
Le réalisateur a choisi cette mise en abyme peut-être pour épargner les spectateurs du massacre mais aussi pour ne pas sacraliser la violence (comme dans la scène de la route de la rivière). Il montre ainsi aussi le rôle des médias dans de tels conflits et permet dans un dernier temps au spectateur d’être dans la même position que Paul. C’est comme s’il était dans la chambre et voyait les images à la télévision aux cotés de Paul.

Il est vrai qu’une des scènes les plus violentes pour le spectateur est la scène de la rivière...
En effet, un jour, au petit matin, alors qu’il fait encore nuit, Paul demande a son collègue de travail de l’amener chez son fournisseur de nourriture, Roger. Or, c’est cet homme qui organise les massacres des Tutsis. Sur place, Paul veut en finir vite, mais pour ne pas froisser Roger, se lance dans une conversation au cours de laquelle Roger dit Paul qu’il est temps qu’il rejoigne les hutus pour « tuer les cafards ». Paul garde le silence. Roger lui conseille alors de passer par la route de la rivière, il dit que c’est plus tranquille.
Paul, prend ce chemin. Sur place, un brouillard épais empêche de voir. Cela est mystérieux et pour le spectateur, cette scène a l’air triste, sans qu’il ne comprenne pourquoi.
D’un coup, le camion à bord duquel se trouvent Paul et son employé rebondit, sursaute. Paul s’arrête pour descendre voir ce qui gêne le véhicule. Il ouvre la porte et tombe. Il trébuche sur des corps...
Il ressent un poids insupportable et voit que toute la route est recouverte de Tutsis morts. Le spectateur ne voit pas beaucoup d’images de la route, d’autant plus que celle-ci est toujours dans le brouillard. Il voit surtout le visage du personnage en gros plan,à l’aide d’un zoom, et ressent ainsi toute la détresse et l’écœurement dont il est victime.
Alors, que le brouillard se lève, Paul demande à son employé de ne pas en parler, comme s’il souhaitait que tout cela reste dans la brume, comme un mauvais cauchemar.
Le réalisateur a choisi de ne montrer ces corps que son un manteau brumeux avec malgré tout l’aurore qui finit par poindre pour rendre compte de la barbarie sans le sang, pour ne pas que ces images deviennent banales, pour qu’elles gardent une part d’exception, d’événement grave et historique.

Enfin, il ne faut pas oublier le son et donc la musique.
Les musiques que l’on entend le plus souvent sont des musiques traditionnelles du Rwanda qui font penser à celles du griot d’Afrique, conteur qui chantait a capela pour ne pas oublier. Dans Hotel Rwanda, ce sont des enfants qui chantent. Il faut savoir que le Rwanda accorde une très grande place à la musique et à la danse dans sa culture.
Le fait de respecter les éléments culturels et traditionnels du pays permet au spectateur d’être totalement immergé dans le film. De plus, la tonalité des chants choisis alimente la tension déjà présente avec l’image comme lors de l’arrivée des religieuses blanches avec les enfants noirs qu’on leur demande d’abandonner.

Manille a trouvé ce film très émouvant car il y a beaucoup trop de violence et d’agressivité sans oublier la machette qui a fait beaucoup de morts. Cela est triste car les Tutsis n’ont rien fait et ce n’est pas juste de mettre un terme à la vie de quelqu’un sans raison.
Mais dans ce film, il y a aussi beaucoup d’espoir car on voit qu’il existe des hommes bons comme Paul qui a sauvé 1265 Tutsis dont 665 enfants.
Le réalisateur a donc surement atteint quelques uns de ses objectifs : utiliser le cinéma pour rendre compte de ce qui s’est passé, faire en sorte que cela ne se reproduise et montrer qu’il existe des Justes.
Il a peut-être même contribué à aider Angélique Mukamanzi qui, dans Dans le nu de la vie, confie à jean Hatzfeld « Je pense qu’il n’est pas convenable de confier seulement au temps et au silence la difficile mission de réconciliation. »

Portfolio

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