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Année scolaire 2011-2012

Le triple autoportrait de Norman Rockwell

vendredi 9 mars 2012, par Rachel Garcia


Cette critique est le fruit du travail de la classe de troisième C. Pour la réaliser, ces derniers ont d’abord "lu" le tableau, c’est-à-dire qu’ils ont relevé tous les détails, tous les éléments représentés sur la toile, mais aussi, les dimensions, les couleurs, et le sujet. Ensuite, ils ont fait des recherches sur l’auteur pour comprendre quelle était son intention quant au contexte, au mouvement artistique d’alors et quelles étaient sa ou ses techniques. Ils ont aussi du s’interroger sur l’autoportrait, sa définition, sa mise en parallèle avec l’autobiographie etc… Ensuite, ils ont croisé les premiers éléments relevés avec les seconds et ont proposé leur lecture de l’oeuvre.

Ce qui nous a intéressés ici était plus la méthodologie d’analyse de l’oeuvre que le résultat mais celui-ci reste très intéressant même s’il s’agit d’une lecture très "personnelle" de l’eouvre de Rockwell.

Le triple autoportrait Norman Rockwell 1960

Introduction

Qu’est-ce qu’un autoportrait ? Portrait d’un artiste réalisé par lui-même. On est en droit de penser que le résultat sera donc réaliste puisque l’œuvre doit représenter l’artiste. Et pourtant… Norman Rockwell peintre américain des années 60 en a réalisé un célèbre qui révèle toute l’ambiguïté de cet exercice.

C’est dans le cadre de l’étude de l’autobiographie que nous avons étudié cet autoportrait de Norman Rcokwell. Il s’agit d’un autoportrait mais pas d’une autobiographie et pourtant, ce tableau aux multiples interprétations, aux thèmes si variés pourrait peut-être en définitive constituer une véritable autobiographie : le peintre tel qu’il est, le peintre tel qu’il se voit, le peintre et son art, le peintre et son humour etc… Nous avons consacré cinq heures à l’étude de cette œuvre, quatre heures au cours desquelles nous nous sommes attardés sur une lecture analytique du tableau, puis après avoir relevé certains détails nous avons pu établir une critique, une analyse. Il nous est apparu clairement différents axes. D’abord, nous avons souhaité connaître l’auteur, cela nous a permis de mieux appréhender son travail à savoir cet autoportrait qui, finalement, ne le représente jamais entièrement ni tel qu’il est dans la réalité et ensuite ce portrait de l’art, cette histoire de la peinture.

I/ NORMAN ROCKWELL

Norman Rockwell est un peintre américain ayant couvert plus de la moitié du siècle et ayant connu de nombreux mouvements artistiques. Il est célèbre pour avoir illustré de 1916 à 1960 les couvertures du magazine Saturday Evening Post.

Pour ses couvertures de magazines, chaque détail avait un rôle dans la narration de la scène. Son travail a évolué d’un naturalisme hérité du XIXe siècle à une peinture plus réaliste et précise dans sa période la plus prolifique. Il use aussi de la caricature pour accentuer le caractère comique de certaines situations. Ce qui fait de lui un réaliste réside notamment dans sa technique. En effet, il commençait par choisir son sujet, dont il faisait plusieurs esquisses et croquis pour élaborer l’idée de départ, (ce que l’on retrouve d’ailleurs dans la toile du Triple autoportrait avec les croquis du peintre en haut à gauche de la toile principale) puis il réalisait un dessin au fusain très précis au format identique à celui de la toile définitive. Il reportait ce dessin sur la toile et commençait la peinture proprement dite. Il peignait à la peinture à l’huile très diluée à l’essence, chaque couche était recouverte de vernis à retoucher, ce qui aura des conséquences néfastes pour la conservation de certaines de ses toiles, le vernis jaunissant de manière irrémédiable.

À partir des années 1930, Rockwell ajoute un nouvel auxiliaire à son travail, la photographie, ce ce qui lui permet de travailler avec ses modèles sans leur imposer des temps de pose trop longs. Le procédé aura une influence sur son œuvre en orientant sa peinture vers le photoréalisme, technique que l’on peut retrouver dans le triple autoportrait avec le recours au miroir.

Enfin, par son style précis et méticuleux, il annonce l’hyperréalisme c’est-à-dire un réalisme quasiment photographique qui s’inspire des précisionistes d’Edward Hopper et du Pop’Art et qui consiste en la reproduction à l’identique d’une photographie en peinture, tellement réaliste que le spectateur vient à se demander si la nature de l’œuvre artistique est une peinture ou une photographie. Les artistes utilisaient des sources diverses telles que des photos de magazines ou des photographies personnelles comme modèle de leur peinture.

II/ UNE DERISION DE L’EXERCICE D’AUTOPORTRAIT

Faire son autoportrait est un exercice qui consiste normalement à donner une image de soi qui nous représente tel que l’on se voit. Elle peut parfois être péjorative comme Mlichel Leiris qui dans L’âge d’homme dresse un portrait de sa propre personne très négatif mais quoi qu’il en soit, positif ou négatif, l’image rendue est celle que l’auteur a de lui-même. Or, dans son triple autoportrait, il semble que Norman Rockwell ait du mal à rendre compte de lui-même ou choisisse en tous cas de ne pas le faire sérieusement. En effet, le reflet de cet homme dans son miroir donne à voir l’image d’un homme âgé, mais dont on ne peut discerner le regard, les verres des lunettes apparaissant embués, opaques, floutés, comme si son regard était trompeur ou n’avait pas lieu d’être. De même, la peinture qu’il fait de lui même n’est pas terminée, et met en scène une homme « neuf », dans la fleur de l’âge qui arrive à tenir sa pipe droite, plein d’énergie à l’inverse du vieil homme en train de peindre. Enfin, les quelques dessins de son visage présents en haut à gauche de la toile en création ne sont pas assez visibles. Quant au peintre, il est de dos, n’offrant que son reflet dans le miroir. Au final, Norman Rockwell ne se donne pas à voir. Au contraire, il cultive même cette ambiguïté avec la présence d’une cigarette dans la poubelle : l’homme fume-t-il la cigarette ou la pipe ?

C’est d’autant plus déconcertant que cette œuvre semble en tous points s’inscrire dans l’esthétique réaliste : couleurs, formes, respect des éléments réels, on a la sensation d’assister à cette scène avec le peintre lui-même.

Cet aspect réel de l’atelier du peintre rend en fait compte semble-t-il de l’histoire de la peinture plus que du portrait de l’artiste en lui-même.

III/ UN PORTRAIT DE L’ART

Au cours de notre observation, nous nous sommes demandés si, après tout, le rôle de cette toile, n’était pas de montrer le travail de l’artiste. En effet, de nombreux éléments que le peintre a pris la peine de représenter dressent un véritable « champ lexical » de l’atelier du peintre : les tubes de peinture, les nombreux pinceaux au sol, le chiffon et la petite trousse dans la poche du peintre, les esquisses, le livre d’art posé sur la chaise comprenant plusieurs marque-page et les autoportraits de peintres célèbres comme s’ils étaient là pour représenter leur monde et veiller sur l’artiste présent.

En effet, ces toiles nous ont vraiment menés à élaborer une réflexion poussée sur l’histoire de la peinture et de l’autoportrait : Van Gohg, Durer, Picasso, Rembrandt, quatre autoportraits célèbres de style différent illustrant, rapidement certes, l’évolution de l’art et de la manière de se représenter.

Et puis, il y a le recours à la mise en abyme. Ce choix de la part de l’artiste contribue à nous faire penser que la peinture, l’atelier de la création peuvent être un des axes de la lecture de cette oeuvre. Une mise en abyme, est un procédé consistant à représenter une œuvre dans une œuvre du même type, par exemple en incrustant une image en elle-même. En littérature, la mise en abyme est un procédé consistant à placer à l’intérieur du récit principal un récit qui reprend de façon plus ou moins fidèle des actions ou des thèmes du récit principal, comme dans Dans le scriptorium de Paul Auster, où le lecteur se trouve à un moment donné dans le récit que le narrateur fait de son récit. En arts graphiques, Les Époux Arnolfini (Jan van Eyck, 1434, 82 × 60 cm, peinture sur bois, National Gallery, Londres) est un exemple fameux dans lequel un miroir convexe reflète l’ensemble de la scène (y compris le miroir lui-même, et ainsi de suite).

Ce procédé permet de créer le trouble chez le lecteur, spectateur, auditeur, mais aussi, une forme de suspense ou encore une forme d’humour et de critique engagée par l’auteur au sujet de sa propre œuvre. Ces trois explications pourraient qualifier l’intention de Rockwell.

Conclusion

Ce tableau, quand on le voit pour la première fois, paraît être, autant qu’un autoportrait, une sorte d’exercice pédagogique et humoristique sur le thème de l’autoportrait. Le triangle des supports (tabouret, chaise, chevalet), le couple de l’aigle et du casque « coiffant » le miroir et la toile, le livre ouvert sur la chaise sont là aussi pour prêter à… réflexion. Rockwell tire un effet saisissant du croisement de deux genres très classiques : l’autoportrait, et l’« atelier du peintre ». Et ce qu’on voit là, c’est justement à la fois ce que le peintre ne peut pas voir, et ce qu’imagine le spectateur d’autoportrait. Mais il n’imagine pas tout, puisqu’il faudrait aussi imaginer Rockwell peignant cela – ce qui ferait un « quadruple » (auto)portrait : quand on en voit trois, c’est qu’il y en a quatre… on peut se demander aussi,si ce tableau, peint une fois sa collaboration avec les magasines terminée, à quelques années de sa révérence à la vie, n’est pas la manifestation d’un homme qui ne veut pas vieillir ou qui se sent vieillir comme les peintures…

Portfolio :

norman-rockwell-autoportrait


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