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3e B et 3e C, L’Ennemi intime

dimanche 29 avril 2012, par Celine Hubert

Le film L’Ennemi intime a été réalisé en 2007 par Florent-Emilio Siri, avec Benoît Magimel et Albert Dupontel.
A travers le microcosme d’une section, le film s’efforce de dresser un tableau fidèle de l’armée française en 1959, pendant la guerre d’Algérie. En outre, le film s’inscrit dans une tradition cinématographique, celle de la guerre d’Algérie, et un genre codifié celui du film de guerre. L’Ennemi intime dénonce la guerre et la torture mais refuse deux caractéristiques souvent classiques des films de guerre : l’héroïsation et le manichéisme. En effet, si le film souligne le courage et l’abnégation des soldats, ces derniers ne sont jamais montrés comme des héros. L’Ennemi intime n’oppose pas non plus les méchants et les gentils, camp dans lequel on ne peut certainement pas placer l’armée française : la cause que défend celle-ci est plus que douteuse et incertaine (à la fin Dougnac se rendra cmpte que "les copains sont morts pour rien") et les moyens qu’elle emploie sont condamnables. Mais le film montre aussi que le FLN est un mouvement de libération très radical, qui obtient le ralliement des Algériens par la force de ses idées, mais aussi par la force tout court...

CORRIGE : La guerre d’Algérie, une guerre sans merci,
à travers le film L’Ennemi Intime.

I. Arrivée de Terrien en Algérie (7’) :

1) Quel est le but de la mission donnée à Terrien ?
La mission consiste à se rendre dans le village de Taïda, cachette supposée des fellaghas. Il s’agit de trouver Slimane, le chef d’une unité du FLN, et de l’éliminer ainsi que ses hommes.

II. Dans les deux camps, des actes de tortures : la mission à Taïda et ses conséquences.

2) Relevez les actes de tortures pratiqués par le FLN et par l’armée française.

Actes de torture commis par le FLN

Le FLN a coupé le nez et les lèvres d’un homme car il fumait une cigarette (combattre l’influence française).
Le FLN fait payer un impôt aux villageois pour assurer leur protection mais surtout pour acheter leur confiance.
Par représailles, le FLN a massacré les villageois. Le but est d’effrayer les autres villages.

Actes de torture pratiqués par l’armée française :
Torture du prisonnier avec l’électricité (la gégène) : sur une victime dévêtue, le tortionnaire mouille d’abord le corps en versant sur lui un seau d’eau. Des fils électriques se terminant par des pinces et reliés à une puissante source de courant électrique, sont appliqués sur les parties sensibles du corps : lobes d’oreilles, mamelons, parties génitales. Des décharges sont alors appliquées.

Torture par suspension : le prisonnier est attaché par les poignets au plafond.

Objectif : faire parler.

III. L’engagement des Algériens dans l’armée française : tentative d’explication.

3) Lors de quel conflit Said a-t-il eu cette cicatrice ? Dans quelle armée combattait-il ?
Said a eu cette cicatrice lors de la Seconde guerre mondiale, lors de la bataille de Monte Cassino, en Italie (1943). Il combattait dans l’armée de la France Libre, aux côtés des tirailleurs africains et des français.

4) Qu’ont fait les fellaghas à sa famille ? Pourquoi ?
Pour l’obliger à s’engager dans l’armée du FLN, les fellaghas ont égorgé sa femme et ses trois enfants.

Les Algériens engagés aux côtés des français dans la guerre d’Algérie voient la France comme « la mère patrie ». Ils se sont battus pour elle il y’a à peine 9 ans, ils pensent faire la même chose en Algérie. Ils refusent les pratiques du FLN… sans voir qu’elles aussi terribles que celles de l’armée française.

IV. Deux points de vue sur la torture et sur la guerre.

5) Relevez les arguments de chaque personnage sur la torture. Faites de même pour la guerre.

Arguments de Berthaut sur la torture
« J’obéis aux ordres »
Répondre à la barbarie par la barbarie.

Arguments de Terrien sur la torture

« Quand un ordre est moralement inacceptable, il faut le refuser ».
« Vos pratiques sont aussi dégueulasses que celles du FLN ».

Arguments de Berthaut sur la guerre
« L’Algérie, c’est la France ».
L’Algérie fait partie intégrante de la République française.

Arguments de Terrien sur la guerre
- Comparaison avec le Maroc et la Tunisie, indépendants depuis 1956.
Si l’Algérie est la France, il faut donner les mêmes droits aux Algériens. Il faut les traiter comme des citoyens et non « comme des sujets de l’Empire colonial ».
Il faut négocier.

V. Une fin écrite à l’avance…

6) Quand se termine la guerre d’Algérie ?
La guerre se termine en 1962, par la signature des accords d’Evian.

7) Quel est le point de vue du personnage sur la guerre ?
« C’était écrit depuis le début ». Il a le sentiment de s’être battu pour rien car l’indépendance de l’Algérie était inéluctable.

8) Relevez : -Nombre de Français mobilisé : 2 millions.
- Nombre de morts du côté français : 27 000.
- Nombre de morts côté algérien : entre 300 000 et 600 000.

9) Que se passe-t-il en 1999 ?
La France reconnaît que les « évènements d’Algérie » sont une vraie guerre.

Oeuvre n° 5, complément pour le film L’Ennemi Intime.

Fiche technique :

Réalisateur : Florent Emilio-Siri.
Scénario : Patrick Rottman
Sortie : le 3 octobre 2007

Terrien est joué par Benoît Magimel.
Dougnac est joué par Albert Dupontel.
Bethaut (l’agent du renseignement, qui défend la guerre et la torture) est joué par Marc Barbé.

Contexte historique : (reprendre la fiche donnée en classe sur « La situation de l’Algérie entre 1830 et 1962 »).
Le film, l’Ennemi intime, commence en 1959, au début du plan Challe. Il organise le quadrillage du territoire et le regroupement des paysans dans des villages nouveaux pour ne pas qu’ils tombent sous l’influence du FLN dont les bastions de Kabylie sont réprimés par l’Armée française.

Les hommes dans la guerre (complément du I et du III).
A travers le quotidien d’une section, le film s’efforce de dresser un tableau fidèle de l’armée française en 1959.

Terrien fait parti des appelés : ce sont des jeunes gens qui sont envoyés faire tout ou partie de leur service militaire en Algérie. Les appelés peuvent être simples soldats ou officiers comme Terrien (il a le grade de lieutenant).

Berthaut et Dougnac font partis de l’armée de métier. Ce sont des soldats professionnels qui abordent la guerre d’Algérie dans un autre état d’esprit que ce lui des appelés. Il cherchent, sinon à se venger, du moins à effacer le souvenir de l’humiliation de la défaite en Indochine (en 1954, la France a perdu à Dien Bien Phu face aux vietnamiens et abandonné l’Indochine, la seule colonie qui lui restait en Asie).

Les soldats musulmans comme Said et Rachid. Les harkis sont des musulmans engagés dans l’armée françaikse comme militaires ou comme auxiliaire de statut civil. Ils sont environ 180 000 harkis à avoir combattu aux côtés des Français pendant toute la guerre.

L’Armée de Libération Nationale dépend du FLN : ses soldats sont les fellaghahs. Les combattants sont des musulmans algériens engagés pour l’ indépendance de l’Algérie contre la France. Il sont 29 000 en 1959, 50 000 en 1962.

Entre ces deux dernières catégories, les frontières sont difficiles à cerner. Said explique que le FLN a essayé de le rallier, et a tué toute sa famille en représailles. Quant à Rachid, on devine qu’il a été également soumis à des menaces mais de la part de l’armée française (« On l’a rallié », dit Dougnac).
D’une manière générale, c’est toute la population civile algérienne qui est prise en otage par l’une et l’autre des deux parties en présence, comme le village-martyr de Taïda.

Un film de guerre qui la dénonce : (complément du II, IV et V) :

L’Ennemi intime se présente tout de suite comme un film de guerre : une mission précise est assignée à Terrien et à sa section (localiser et détruire le camp de Slimane, un chef du FLN). Tout le long du film, des incrustations égrènent la chronologie des opérations, de manière froide et technique, à la manière d’un rapport militaire : « Mission sur Taïda. Limite de la zone interdite », « Deuxième mission sur Taïda »).

C’est aussi un film de guerre au sens de film d’action. En effet, conformément à la tendance du cinéma d’action et de guerre actuelle (cf. la scène du débarquement du Soldat Ryan), la mise en scène ne s’appuie pas sur des scènes d’ensemble et des plans larges et a pour objectif d’immerger le spectateur au coeur des combats, pour lui faire partager l’expérience des soldats. Pour cela, le réalisateur utilise un montage très rapide : il multiplie les plants très courts et frappants, toujours en mouvement (caméra à l’épaule) avec un grand sens du détal visuel. C’est le cas lorsque Terrien découvre les corps massacrés des villageois de Taïda : on a l’impression, comme lui, d’être victime d’un cauchemar, d’une hallucination.

La structure de L’Ennemi Intime est finalement une structure tragique : comment Terrien va devenir tout ce qu’il détestait, malgré les avertissements, malgré (ou à cause ?) de ses certitudes (« Vous changerez, comme nous tous », lui dit Berthaut, à quoi il répond « Non, je ne crois pas ».)
En effet, Terrien apparaît au début du film c omme la figure du juste, celui qui refusera la barbarie. Il répond à Bethaut : « quand on ordre est moralement inacceptable, on doit le refuser ». Ses choix engagent sa responsabilité d’être humain et sa dignité d’homme. Mais le film montre que la question du choix n’est pas simple qui oppose deux éléments : dans l’univers incertain de la guerre, les décisions moralement bonnes peuvent s’évérer être catastrophiques sur le terrain. Lorsque Terrien meurt à la fin, il semble sourire : en fait, il a réussi à tuer le soldat qui était en lui, qui était son « ennemi intime » car il est devenu lui même un tortionnaire. En mourrant, il redevient comme le commun des mortels, il redevient donc humain.
Terrien est le héros du film. Dougnac dont la présence encadre l’histoire de Terrien peut en faire figure de narrateur : son monologue en voix-off clôt le récit. Au départ, il s’oppose à Terrien. Mais leur relation évolue vers une sorte d’amitié et d’estime réciproque. Mais Dougnac, qui aurait pu être un tortionnaire, a le courage de déserter.

Un film qui dénonce les violences (complément au II et IV).

Le film montre que les violences sont faites dans les deux camps. Le FLN obtient le ralliement des Algériens par la force de ses idées mais aussi par la force tout court. Ainsi, lors de la première mission à Taïda, on voit que les fellaghas coupent parfois le nez ou les lèvres des fumeurs musulmans déclarés amis de la France ; lorsque l’armée française revient à Taïda, elle se rend compte que le FLN a massacré tous les habitants du village, car ils pensaient que ces Algériens n’étaient pas acquis à leur cause.

Mais, les violences des Français contre les musulmans sont elles aussi très nombreuses. Dans son dialogue avec Terrien, Berthaut justifie les violences par le fait qu’ « il obéit aux ordres ». Pourtant, la torture est officiellement interdite pendant toute la guerre. Mais celle-ci s’est banalisée rapidement. Les coups, la pendaison par les pieds ou les mains (cf. le prisonnier fait par Terrien et ses hommes et tortué par Berthaut), le supplice de l’eau, celui de l’électricité (la gégène : cf. lorsque Terrien entre dans la pièce et qu’il voit pour la 1e fois un homme en train d’être torturé) ou le viol sont les formes de violence les plus utilisées. Les soldats de L’Ennemi intime doivent côtoyer cette extrême violence, dont la cruauté est sans cesse rappelé par des photographies ou des discours de l’armée.

Mais les militaires, comme Berthaut, ne voient pas qu’ils emploient des méthodes équivalentes à celles d’autres tortionnaires, comme ceux de la Gestapo. Lors du dialogue avec Terrien, Berthaut explique qu’il a été torturé par la Gestapo pendant la Sde GM, dont les tortionnaires lui ont arraché une partie de ses dents, mais il refuse l’assimilation entre les deux évènements. La torture de la guerre d’Algérie serait différente car uniquement dans le but de rechercher des renseignements ; Bethaut insiste en disant à Terrien « ça me plait pas plus qu’à vous ». Evidemment, les propos de Berthaut sont complètement contradictoires et injustifiables.

Conclusion : On rappelle comment se termine la guerre d’Algérie et le bilan.
On peut aussi montrer le rôle du film pour l’historien :
A travers les personnages, le film dénonce la guerre, la violence des combats, la torture. La cause défendue par la France est plus que douteuse (à la fin Dougnac se rendra compte que « les copains sont morts pour rien »). A travers Terrien, le film souligne que la victoire militaire s’est faite au prix d’une défaite morale, que la France s’est perdue dans cette guerre.

On peut aussi rajouter que ce n’est qu’en 1999 que la France a reconnu qu’il y’ avait bien eu une « guerre » en Algérie et que l’on ne pouvait plus parler des « évènements » d’Algérie.

Portfolio

  • Affiche Ennemi intime
  • Dougnac et Rachid
  • Dial rapproché Berthaut Terrien
  • Dialogue Bethaut Terrien
 
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