Pythéas
Collège
Marseille
 

Giuseppe e Maria de Cali

dimanche 3 mars 2013, par Rachel Garcia

Chanson de Cali, étudiée dans le cadre de la séquence : Quand l’art témoigne de l’Histoire, en classe de français.
Analyses du texte, de la mélodie et de la mise en scène en concert.

Nous vous proposons une mise en commun des remarques pertinentes de tous les élèves de 3ième B sous forme de longue analyse.
Bonne lecture

HIDA 1

Giuseppe et Maria
Cali, 2009

Discipline concernée : français
Thème de la séquence : Quand l’art rencontre l’Histoire
Titre de l’oeuvre : Giuseppe et Maria
Auteur : Cali
Date de création : 2009
Problématique : Comment un chanteur, auteur, compositeur peut-il témoigner de l’histoire par son art ?
Période historique : la guerre d’Espagne (1936-1939) / le franquisme / l’exode de populations vers la France.

Analyse de l’oeuvre

Introduction :

L’art et le témoignage :
- qu’est-ce que l’art ?
- en quoi consiste le fait de témoigner ?
- La rencontre des deux (exemples et impact)

Qui est Cali ? Brève biographie mettant en exergue :
- ses origines
- son activité artistique
- ses engagements politiques et personnels

La guerre d’Espagne et Franco
- dates
- idéologie franquiste
- impact sur le pays et la population

C’est dans cet univers que Cali, touché par cette période et par son histoire familiale, écrit en 2009 la chanson intitulée Giuseppe et Maria.
Le grand-père de Cali, Giuseppe Caliciuri, était un Italien enrôlé dans les Brigades internationales pour combattre Franco. Il rencontra alors une infirmière espagnole, Maria Pilar, qui devint son épouse.
Leur fils Vincent, futur père de Bruno (à savoir le chanteur Cali), naquit à Barcelone. La famille se réfugia en France après la défaite des Républicains où elle fut enfermée dans les camps destinés aux exilés espagnols (camps qui accueilleront plus tard, entre autres, les Tsiganes et les Juifs regroupés par le régime de Vichy).
Cali, avec cette chanson souhaite donc montrer aux yeux de tous la réalité d’une guerre dans une famille et rendre hommage à ses proches.
 
Nous nous sommes demandés quelle est alors la démarche artistique qu’il a adoptée dans ce but.

Comme nous allons le voir, celui-ci, en mêlant histoire familiale et universelle, s’est contenté en fait d’utiliser les sens de l’homme, de les susciter en espérant une réaction : le pouvoir des mots, puis le son et pour finir l’image...

I/ Le pouvoir des mots dans l’intime

La première remarque qui nous est venue à l’esprit après lecture de ce texte fut qu’en fait, il s’agit d’une chanson d’amour, qui plus est, assez intime puisqu’elle retrace l’histoire des grands-parents du chanteur. Et concernant la forme nous nous sommes aussi tout de suite dit que cette chanson pouvait en fait être un poème.

A la relecture on s’est rendu compte pour commencer que ce texte comportait toutes de sortes de rimes (croisées, suivies, embrassés) et puis que la disposition même des cinq paragraphes n’était pas anodine.
En effet, les deux premiers paragraphes traitent du conflit et de la façon dont les protagonistes affrontent la guerre et ses méandres. La première phrase de ce texte transporte immédiatement le lecteur eu sein de cette famille, au cœur d’une dernière discussion : « A chaque instant, ils pourraient arriver, ils pourraient nous surprendre » .
Le personnage masculin, aux prises avec le régime, a la parole dans ce texte. Il s’adresse à sa femme « Tu sais mon ange », comme le prouvent aussi l’utilisation de pronom personnel « je », et du pronom personnel COI « te ». De même, le lien familial entre les protagonistes est marqué aussi grâce au recours à un langage familier : « C’est cette putain de guerre, qui t’a donné trente ans, ». Et l’’homme donne des ordres et des conseils à sa femme qu’il ne veut pas voir tomber entre les mains des soldats, « ils », sur le point d’arriver. L’utilisation de l’impératif est très fréquente dans ces paragraphes. On sent à quel point la fin est imminente.
La guerre est présente partout dans ces deux premiers paragraphes grâce aussi à l’anaphore de « C’est cette putain de guerre, qui t’a donné trente ans », ou celle de « et vos hommes tiendront » ou en encore avec l’allusion aux « veuves » ou au « village- martyre » qui n’est pas sans rappeler le sort du village Guernica. Enfin, le thème de la révolte est lui aussi marqué. Il s’agit de la rébellion des hommes qui se battaient contre Franco. Elle vient sonner le glas, annoncer une mort certaine grâce au parallélisme antithétique de la construction de cette phrase « Plutôt mourir debout que vivre à genoux ». (lors de l’oral expliquer la construction à l’aide du tableau)

Le paragraphe suivant s’attarde sur l’amour et le bonheur ressentis pas les deux amoureux. Il est au centre de ce texte, entouré par deux paragraphes dans lesquels il est question de guerre. Celui-ci ne traite que d’intimité et d’amour charnel : « J’ai envie de toi », « je veux te suivre », « mes mains sur ta peau », « tes seins sous ta chemise qui dessinaient ta respiration ».

Mais c’en est fini de ces instants de couple, dans les deux derniers paragraphes la guerre et l’amour de cet homme pour Maria ne font plus qu’un : « La mort ne fait plus peur, comme j’ai de la chance de partir amoureux de toi », deux propositions subordonnées, l’une dépendant de l’autre, l’une traitant de la mort du soldat, l’autre de l’amour ; « De chacune des plaies coulera notre amour » : une métaphore rendant cette mort plus douce « Et que tu seras forte, et que tu seras belle, que tu les aimeras pour deux » : et pour finir son texte, une anaphore pour rester en vie auprès de ses enfants et sa famille. Tant d’images, de figures de style qui rendent ce texte poétique et si singulier car l’amour accompagne la mort...

II/ Une musique dépouillée qui transporte vers l’émotion

Concernant la musique, Cali a choisi la simplicité comme si seules les paroles importaient. Mieux encore, cette musique lente et douce colle parfaitement aux thèmes de la guerre et de l’amour.

les instruments

peu d’instruments sont utilisés dans cette chanson. Le dépouillement du son semble avoir été l’intention de l’auteur pour que l’auditeur se concentre sur les paroles et entre plus facilement dans l’univers amené in media res sans éléments aidant à l’intégration du lecteur à l’histoire. Seules quelques notes sur un piano résonnent en début de musique. Puis, pour les deux derniers paragraphes, des voix électroniques (un synthétiseur ?) arrivent pour soutenir le piano, comme un choeur antique en fond qui viendrait sonner la fin, puis c’est au tour de la flûte de venir souffler comme un air d’envolée « partir amoureux de toi »...l’émotion est à son comble quand pour les derniers vers de l’avant dernier paragraphe « ils me fusilleront derrière la maison » , le piano, et les autres s’arrêtent pour laisser place à la trompette qui comme un clairon sonne la fin. Seul le piano reprend ensuite, accompagné de la trompette pour dire que c’est fini, pour rapporter sa douceur et sa fluidité et l’air définitif et grave du cuivre.

le rythme

Un rythme qui est doux comme une dernière caresse et langoureux comme un long baiser de Doisneau, mais qui s’avère aussi triste et nostalgique marquant la fin d’un monde, la fin d’une vie. Un rythme lent comme celui d’une mort certaine qui se fait attendre.
Bref, un rythme qui en dit long car il nous semble que la douceur d’une mélodie peut à elle seule communiquer, parler, sans forcément prendre la parole.

la voix

Une voix grave, comme cassée, abîmée par les ans, qui parfois s’élève et retombe comme pour marquer le bonheur, l’excitation d’avoir connu cette femme puis la peur, l’empressement et la chute dans lesquels il se trouve avant d’être rejoint par l’ennemi.

les coupures / pauses dans le rythme

« C’est cette putain de guerre, // (deux temps) qui t’a donné trente ans »
Ici, Cali souhaite appuyer sur l’absurdité du conflit et à l’aide des deux temps il créé l’attente chez l’auditeur qui trouve le temps de visualiser toutes les conséquences de cette guerre grâce au « c’est » placé en début de ver.

« Et vos hommes tiendront, // (deux temps) ils tiendront jusqu’au bout »
Les deux temps viennent insister ici sur l’anaphore de « tiendront ». Cali montre ainsi le courage et la force des soldats à l’auditeur.

« Plutôt mourir debout /// (trois temps) que vivre à genoux »
De même les trois temps permettent à la construction antithétique en parallélisme de prendre tout son sens, de ressortir et de transporter l’auditeur sur la scène.

« Mon amour je garderai / (un temps) cette nuit / (un temps) dans le ventre / (un temps) »
Proche de la fin, l’auteur insiste ainsi sur ce que représente cette nuit pour le personnage.

« Quand tu hurlais,// (deux temps) pour rien,/ (un temps) au bonheur »
A l’aide de cette pause, Cali fait en sorte que le cri de joie dénote d’avec le reste de la chanson.

« Mon Dieu tu étais belle //// (quatre temps) » 
Même impact qu’à la phrase précédente, insister sur l époque où la guerre ne l’avait pas encore fait vieillir.

« Et que tu seras forte, / (un temps) et que tu seras belle, / (un temps) que tu les aimeras pour deux / (un temps) »
Le découpage de la dernière phrase est important. Une fluidité, comme si c’était une évidence pour Giuseppe que cette femme sera à la hauteur et une forme d’insistance sur toutes les taches qu’elle sera capable d’accomplir grâce aux pauses après le « et » et enfin un aurevoir.

III/ Du particulier à un fait d’histoire

C’est lors du concert que Cali trouve la moyen de faire de la chanson d’un couple brisé un message à caractère historique. En effet, la mise en scène qu’il choisit est plus que porteuse de sens. Alors que la salle est plongée dans le noir la voix de Cali commence à résonner sans pour autant que le public ne puisse apercevoir son visage.

Celui-ci est lui aussi plongé dans l’obscurité comme le reste de ses musiciens que l’on distingue à peine. De plus, chacun d’entre eux tourne le dos au public et est dirigé vers un écran sur lequel défilent des photos, reliées entre elles par des fondus au noir. Ces photographies sont en noir et blanc. La première représente la carte d’identité d’un homme espagnol qui s’avère être Giuseppe, le grand-père de Cali. Les suivantes montrent des mouvements de foule, un exode, des familles entières qui fuient un pays, bagages sur le dos. Il s’agit en fait de populations espagnoles fuyant le régime franquiste. Des hommes en groupe, comme des soldats sont aussi pris en photo à leur tour et montrés sur cet écran.

Comme le signale Amal, il est très surprenant de voir un chanteur proposer une partie de son spectacle dos au public. Après tout, le public pourrait mal l’interpréter car s’il se rend à un concert c’est bien pour voir l’artiste. Alors, pourquoi faire ce choix ? D’après nous, les raisons sont multiples. D’abord l’obscurité est là pour que seules les images projetées attirent l’attention du public mais aussi peut-être pour rappeler l’ombre de la guerre. Concernant le choix de ne pas être face au public il se peut d’abord que Cali soit très ému par l’histoire de sa propre famille et ne souhaite pas montrer sa vive émotion au public, sur place pour se divertir. Autre hypothèse, Cali ne souhaite pas que sa personne, son identité de star de la chanson française vienne dénaturer le message qu’il souhaite faire passer et surtout l’hommage qu’il rend à ses grands-parents, notamment à son grand-père en se tournant ainsi vers lui et en montrant la carte d’identité. C’est comme s’il entrait dans la peau de Giuseppe, comme si tout le reste disparaissait... En fin de compte, cette mise en scène ne ressemble-t-elle pas à un extrait de film auquel viendrait se greffer une voix off qui raconterait l’histire d’une famille ? Le spectateur se trouve alors totalement absorbé par les mots et les images.
Or le choix des images aussi est important.

En effet, ces images ne représentent pas un couple mais un peuple. L’objectif est multiple. D’abord ces images d’archive apportent une crédibilité nouvelle à ses paroles qui ne sont pas que les mots d’une poésie romantique sur fond de guerre. Face à la photographie du groupe de femmes fuyant la dictature on ne peut s’empecher de penser au « troupeau de veuves sur la colline fuyant le village-martyre ». Et puis il s’agit de témoigner d’une époque, témoigner de l’Histoire et d’un de ses méfaits qui reste peu traité, peu montré. Pour cali, il s’agit de rendre compte de l’universalité de son propos, de dire « Mes grands-parents n’étaient pas les seuls concernés », « ils n’étaient pas un cas isolé », voilà donc ce que peut faire une guerre, voilà donc comment on les a traités. Toutes les victimes, tous ceux tombés en Espagne ou ayant fui leur pays ont la parole.
Enfin, c’est comme si nous étions, comme si nous vivions l’instant au moment-même ou Cali le décrit.

Conclusion

- une phrase qui reprend le travail accompli
- une phrase développée visant à rendre compte de votre opinion
- une phrase proposant une ouverture avec une autre chanson ou un autre texte ou une autre mise en scène que vous pouvez associer à celle de Cali.

 
Collège Pythéas – 15 rue des Gardians - 13014 Marseille – Responsable de publication : M. Thierry Bonicel
Dernière mise à jour : vendredi 28 février 2020 – Tous droits réservés © 2008-2020, Académie d'Aix-Marseille