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Analyse du film Play, de Manuel Herrero

dimanche 19 mai 2013, par Rachel Garcia

Etudié en cours de français et d’Histoire et education civique.

Play
Manuel Herrero, 2012

« Par quel miracle des milliards de gens de toutes les cultures et de toutes les conditions se passionnent à travers le monde pour des gestes aussi simples que courir, sauter ou maîtriser un ballon ? Le sport doit bien toucher en nous une corde sensible, il met en jeu des besoins fondamentaux qu’un jour nous avons tous éprouver : s’affronter, s’unir, défendre ensemble une identité commune. Mais si tous les mammifères jouent, un seul compte les points et à partir de là tout change. »
C’est ainsi que commence Play, un film documentaire produit par canal plus et réalisé par Manuel Herrero, fils du grand champion de rugby Daniel Herrero (joueur puis entraîneur du RCT, sélectionné en équipe de France) diffusé sur les écrans de canal plus en 2012.
PLAY dresse un portrait de l’humanité par le sport. Partout dans le monde, les hommes jouent. Pour se dépasser, se mesurer, s’unir, s’illustrer ou créer le spectacle... 


Le sport est l’un des plus petits dénominateurs du genre humain. Il se retrouve dans toutes les sociétés, toutes les cultures, toutes les classes sociales et à toutes les époques. D’une pulsion primitive au plus grand événement du monde, du sport le plus méconnu au plus mondialisé, des plateaux arides éthiopiens aux stades survoltés des mégalopoles, le film voyage au cœur de cette activité universellement partagée. 


C’est parce qu’il est construit comme un film "opéra" avec les plus belles images de sport tournées en très haute définition ou des archives récentes de grande qualité choisies et articulées dans un but précis, et que le son de PLAY repose sur la parole conjointe et entrelacée de grands champions internationaux et d’athlètes anonymes ou de musiques étranges et envoûtantes que nous avons choisi d’en présenter une lecture pour l’épreuve d’HIDA.
Voici donc une modeste analyse d’un film qui témoigne, au travers du sport, de la diversité des hommes mais aussi de ce qui nous relie.

Description de l’oeuvre

Un enfant qui court, pieds nus, dans un paysage aride, au cœur de la nature, sans aucune marque du passage de l’homme, avec le sourire, tourné vers nous en début de film, de dos à la fin ; voilà comment s’ouvre et se ferme cette parenthèse sportive. C’est avec lui que nous entrons dans ce film où nous redécouvrons le sport, les valeurs qu’il véhicule ainsi que ses ambassadeurs venant des quatre coins du globe, qu’ils soient de grands champions mondialement connus ou de simples athlètes méconnus.
Ainsi se succèdent Zinedine Zidane, et Vijay, un indou qui pratique la lutte kusti, ou Luc Alphand, skieur français des années 90, et Hermilo Alonso Tellez, joueur mexicain de pelota purepecha, Catherine Destivelle, alpiniste française, avec Shi Yan Lu, entraîneur de kung-fu en Chine, Francisco Pate-Tuki, qui pratique le haka pei sur l’île de Pâques, sport ancestral que seul lui et quelques camarades arrivent encore à faire vivre, et Haile Gebreselassie, champion éthiopien de course de fond, ou enfin Eric Cantona, footballeur français.
Chacun d’entre eux est là pour témoigner de ce que son sport lui apporte ou de l’objectif qui est le sien en le pratiquant, des sensations ou émotions qu’ils ressentent. Leur témoignage s’expriment alors en voix off ou dans des plans américains où brillent leurs yeux portés par leur passion.

Chaque témoignage et image l’accompagnant est organisé en chapitres. Le film se construit ainsi :
d’abord « le jeu »
ensuite, une partie intitulée « seul contre ses limites »
une autre « face à la nature »
« représenter les siens »
« gagner »
puis « communier »
Ces thèmes se succèdent et permettent de balayer l’ensemble des émotions et identités véhiculées par le sport.

Au fil de ces chapitres nous assistons à une comparaison de sports modernes et traditionnels, ces derniers étant très souvent les ancêtres des sports modernes.
Prenons l’exemple du « cliff diving » sport récent qui repose sur des plongeons de haut vol,celui-ci se trouve alors articulé avec le « Gkol » des iles Vanuatu. Les personnes Bunlap effectuent un rituel ancien, appelé le Gkol (Bislama nanggol) ou " plongée sous-terrain ", dans lequel les hommes attachent des lianes à leurs chevilles et sautent la tête la première à partir de plates-formes en saillie à partir d’une tour naturelle. La chute du sportif est rompue par les lianes, l’autre extrémité est attachée à la tour. Une surface en pente de la terre ramollie à la base de la tour offre une certaine protection contre les blessures en cas d’une liane cassée, ou d’une liane de longueur incorrecte ou un mauvais saut. Le Gkol a inspiré le sport moderne du saut à l’élastique.
D’autres sports sont comparés comme le football moderne et le « calcio storico » ancêtre du football pratiqué encore à Florence. Ce sport est un mélange de football, de rugby et de lutte. Deux équipes de vingt-sept joueurs s’affrontent en tentant de mettre le ballon rond dans les filets adverses. Peu importe la manière dont laquelle la balle atterrit dans les cages, presque tous les coups sont permis.

Ce film, en nous faisant voyager par le sport nous permet donc de découvrir l’autre et sa culture tellement différente de la notre mais dont les émotions nous ressemblent. Le résutat d’un tel documentaire ne propose-t-il pas en fait une définition d’Humanité ?

Son et image

Ce sentiment de rassemblement, de ressemblance dans la différence nous a été communiqué et soufflé par le réalisateur. En effet, ce sont ses choix cinématographiques dans le traitement de l’image, le choix des mots, des sons qui nous ont tous menés vers cette conclusion.
A la fin du premier visionnage, nous étions surpris qu’un tel film, traitant à priori du sport ait pu créer en nous une telle émotion...
Nous nous sommes alors demandés : pourquoi ? Et comment ?

Pour y répondre nous avons analysé la méthode adoptée par le réalisateur, sa démarche artistique.

Voici ce que nous pensons avoir compris de son travail au travers de trois analyses différentes...

Le rapport à la nature : une valeur commune

Ce qui nous a beaucoup interpellés dans ce documentaire c’est le rôle que joue la nature dans la pratique du sport et dans le dépassement de soi. En effet, qu’est-ce qui est plus fort que l’homme et contre qui ses armes ou ses paroles ne servent à rien ?
Cette nature, elle est partout, en France, aux Etats-unis, sur les iles Vanuatu, aux Bahamas avec le Dean’s blue hole (le trou bleu le plus profond au monde : 202 metres de profondeur)...
Catherine Destivelle, ou Guillaume Nery sont les deux sportifs dont nous avons retenu les performances. Ils nous ont marqués, impressionnés.

Guillaume Nery est un apnéiste français très célèbre, champion du monde en 2011. Celui-ci a produit un film avec sa compagne sur une de ses plongées en 2010. Les images ont fait le tour du monde. On y voit Guillaume marchant sous l’eau, s’approchant d’un gouffre sous marin, le Dean’s Blue Hole, le trou bleu le plus profond du monde situé aux Bahamas. Soudain il décide de se lancer et s’envole pour une chute vertigineuse dans les abysses.
Manuel Herrero réutilise ces images qu’il accompagne de celles filmées lors d’un saut de base jump.
A l’aide de ralentis, de gros plans et de scènes filmées en plongée, il met en parallèle l’expérience de Nery et celle des « plongeurs de l’air ». Le son est celui du vent qui s’engouffre dans les arbres. Le spectateur a alors la sensation de voler car les visages tournés en gros plans de ceux qui sautent sont sereins et apaisés et que le bleu de l’abysse, relevé par la lumière de la surface renvoie au bleu du ciel du saut en base jump.

Catherine Destivelle est une grimpeuse française, alpiniste qui a gravi des sommets qu’on ne pensait pas accessibles par l’homme. Dans ce documentaire elle parle de son expérience, de ce qu’elle ressent sur « la piste » et de son rapport à la roche.

Ce passage est marquant parce qu’il est celui qui montre comment l’homme peut repousser ses limites par le sport. Les gros plans sur les doigts de l’alpiniste, alternés avec les plans d’ensemble, voire les panoramiques qui montrent des sommets enneigés face auxquels Caterine apparaît comme minuscule, ou encore l’alpiniste montrée en plongée pour que le spectateur prenne conscience de la dangerosité du lieu et de sa suprématie et pour qu’il comprenne que comme le dit la grimpeuse : « l’erreur n’est pas permise » ; font de ce passage celui qui tend le mieux à rendre compte de la détermination et du dépassement de soi dont peut faire preuve le sportif.
C’est dans son rapport à la nature, dans la manière dont il tente de s’y adapter et de jouer avec elle que l’homme peut se surpasser.

Le pouvoir du sport ou le sport au pouvoir

Parmi les scènes qui nous ont marqués nous avons retenu celle où des enfants chinois s’entraînent au Kung Fu sur une grande place. Ces centaines d’enfants alignés régulièrement, sont tous vêtus de la même manière, coiffés de la même manière et effectuent les mêmes gestes scandés par les hurlements brefs et ordonnateurs de leur entraîneur dont nous entendons ensuite les propos en interview .
Pour rendre compte du climat de travail et du détournement du sport comme arme politique le réalisateur a d’abord choisi d’introduire ces images à l’aide du témoignage de Katarina Witt, championne olympique de patinage d’Allemagne de l’Est, qui lorsqu’elle parle de son sport se considère comme la « représentante d’un système, (qui devait) gagner à des fins politiques ». Elle finit son témoignage ainsi « C’est incroyable la pression qu’on pouvait faire subir à un enfant ». Succède à ces propos un très gros plan sur le visage fermé et sévère d’un enfant asiatique. C’est alors que commence la scène du Kung-fu en Chine.

Le réalisateur va alors se faire succéder des gros plans voire très gros plans avec des plans d’ensemble opposant ainsi l’individu à la masse, au pouvoir du nombre, au peuple...Ces scènes sont accompagnées des propos de l’entraîneur « notre travail consiste à aimer les étudiants mais avec sévérité », et de sons graves qui semblent être ceux d’un gong qui annoncerait un événement grave et inéluctable, comme une épée de Damoclès suspendue au dessus de la tête de ces enfants qui « font du sport ». De très gros plans comme celui du numéro inscrit sur le kimono des élèves suivi d’un plan d’ensemble en rotation montrant la masse et le ciel gris et bas pesant au dessus de leur tête, plongent le spectateur dans l’angoisse et l’inquiétude. « Ce qui fait la grandeur d’un pays, c’est l’excellence et la force mentale » explique l’entraîneur...
Le sport n’est pas qu’un jeu.

Le sport : la chose du peuple

Enfin, si ce documentaire propose de nombreuses scènes où le sportif est seul il n’en ressort pas moins que les images de liesse et du peuple célébrant ses sportifs sont très nombreuses. La plus belle étant peut être celle du marathon de Addis Abeba en Ethiopie où une marée humaine toute de rouge vêtue prend le départ ensemble.

Ce plan est accéléré par le réalisateur pour que le spectateur devine le monde présent après une série de portraits montrant des participants de tout âge, de toutes origines sociales.
Cela n’est pas sans faire échos aux propos du grand champion Haile Guebresselassie.
« Je ne suis pas seul sur la piste : il y a 80 000 000 d’éthiopiens qui perdent ou qui gagnent avec moi », « quand je gagne, pour moi c’est une façon de faire exister mon pays ».
Le champion appartient à son peuple.

Conclusion

C’est en usant d’une alternance continuelle entre de nombreux plans d’ensemble et panoramiques avec de gros voire très gros plans que Manuel Herrero fait d’une pratique individuelle une chose du peuple, « du peuple mondial ». Les différents ralentis participent aussi à rendre compte de cette sollicitation du muscle (cf scène de l’homme qui saute pour toucher un pompon avec son pieds) au profit d’une nation.
Ce film n’est donc pas qu’un documentaire sur le sport mais plutôt un documentaire qui s’adresse à tous les amoureux du monde, à ceux qui se demandent ce que nous partageons d’un continent à l’autre, d’une culture à une autre. Qui n’a jamais rêvé de battre un record, d’être sur un podium pour son pays ? Qui n’a jamais rêvé de voler ? De dompter les abysses ?
C’est Eric Cantona qui clôt le film ainsi

« Il y a un rêve que je fais régulièrement.. que je fais régulièrement depuis l’age de 15 ans...tous les 6 mois... je rêve que je bats le record du monde du triple saut...mais pas je bats le record du monde du triple saut de trois centimètres...non..juste j’atterris jamais . »

Le sport exprime bien une part d’enfance souvent oubliée, et s’avère ici être un prétexte pour explorer une part brute de nous-même, des sentiments et des émotions communes à tous.
Ces valeurs du sport sont intemporelles et universelles.
Nous en revenons alors à cette citation de Giraudoux étudiée au début de notre séquence sur le sport : « Le sport est l’esperanto des races ».

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